La violence verbale et psychologique dans le couple

Comment repérer la manipulation perverse dans un couple ?

« On a tous une faille en nous par laquelle on peut être manipulé. »

Dans la vie, il est des rencontres positives et riches qui nous invitent à donner le meilleur de nous-mêmes mais il est aussi, malheureusement, des rencontres qui nous minent et qui peuvent finir par nous briser.

Un individu, peut, en effet, réussir à en démolir un autre par un processus de harcèlement moral. Il arrive même que l’acharnement se termine par un véritable meurtre psychique.

Cette forme de violence ne laisse pas de trace, elle agit sournoisement, par petites touches déstabilisantes, elle est donc difficile à prouver.

Notre société s’est longtemps montrée aveugle devant cette forme de violence indirecte, agissant dans le secret du quotidien du couple ou de l’entreprise, mais, depuis 2010, un décret pénal l’a enfin reconnue ! Désormais, la violence psychologique qui passe notamment par la parole, d’où le terme de violence verbale, est reconnue et punie par la Loi, passible de trois à cinq ans d’emprisonnement.

C’est une violence perverse qui s’exerce à différents degrés selon la « pathologie » de l’agresseur lequel sera plus ou moins pervers, utilisant systématiquement la violence verbale comme outil de destruction. La violence concerne surtout les femmes, ce sont elles les victimes dans la plupart des cas.

Qu’est-ce-que la violence verbale et psychologique dans un couple ?

La violence verbale et psychologique dans le couple

« Il s’agit d’un processus inconscient de destruction psychologique, constitué d’agissements hostiles évidents ou cachés, d’un ou de plusieurs individus, sur un individu désigné, souffre-douleur au sens propre du terme. Par des paroles apparemment anodines, par des allusions, des suggestions ou des non-dits, il est possible de déstabiliser quelqu’un, et progressivement de le détruire psychiquement » MF HIRIGOYEN « Le harcèlement moral » 2006, Pocket

Telle est la définition du docteur Marie-France HIRIGOYEN, qui emploie pour la première fois le terme de pervers narcissique en 1990.

L’agresseur s’attaque à l’identité de sa victime et lui retire toute individualité, le traitant comme un objet en prenant le pouvoir sur lui., dans une relation dominant/dominé. Cela renvoie à la notion d’abus, qui débute par un abus de pouvoir, se poursuit par un abus narcissique au sens où la victime perd toute estime d’elle-même, et peut aboutir à un abus sexuel.

Au début de la relation toxique, cela commence par un simple manque de respect qui s’exprime par de la violence verbale. Il peut s’agir de jugements, de remarques, de critiques toujours négatives, d’humour, d’ironie, de sarcasmes, de dérision. Ces mots violents vont devenir habituels et s’intensifier pour devenir des insultes, des injures, des humiliations et des menaces. Chaque mot, chaque intonation, chaque allusion va compter. Chacun pris séparément peut paraître anodin mais leur ensemble crée un processus destructeur.

La victime, à son insu, va être entraînée dans un jeu mortifère, mené par un homme en qui elle a confiance et qui agit de façon perverse, en donnant le change quand il est en société où il brille généralement et où il est apprécié.

Ce mode de relation qui vise à dénigrer et à nier l’autre progressivement, à le manipuler de façon insidieuse, subtile et permanente, est une violence perverse. On est passé de la violence verbale à la violence psychologique, véritable pathologie qui débouche sur une dépendance affective qui se met en place sur des mois ou des années.

Comment se construit le processus pervers ?

C’est un processus en trois phases qui passe par la séduction, l’emprise et la destruction.

La séduction perverse

Cette première phase peut se dérouler sur plusieurs années Elle se construit progressivement pendant les premiers temps de la relation par un processus de séduction. C’est en fait une phase de préparation à la soumission future pendant laquelle la victime est déstabilisée et va perdre petit à petit confiance en elle.

violence psychologique/seduction

Il s’agit d’abord pour l’agresseur, de la séduire en brillant, en faisant tout pour l’attirer irrésistiblement, en satisfaisant et en anticipant ses besoins, en l’impressionnant par des attentions toutes plus délicates les unes que les autres, en comblant ses attentes et ses désirs, en brillant de fantaisie, d’inventions…Tout parait magnifique et beau, trop beau… ! C’est une période d’excès où la victime « perd la tête », est grisée, enfin elle se sent aimée et prend confiance ! Tout se prépare pour l’attirer dans les filets de la dépendance, comme une proie.

Le pervers va jouer également pendant cette période idyllique, sur la fascination et sur la protection. Petit à petit, il va influencer sa victime et la manipuler en jouant sur sa sensibilité et ses vulnérabilités. Petit à petit, elle perd tout sens critique, toute possibilité de rébellion et sa liberté…

L’emprise

Il ne s’agit plus, dans cette phase d’argumenter d’égal à égal mais d’imposer, en empêchant la victime de discuter et de résister.

L’emprise, c’est la domination intellectuelle ou morale dans une relation de domination où la victime adhère. Cela peut passer par des menaces plus ou moins voilées ou des intimidations pour affaiblir la victime. Petit à petit, cela va se durcir et elle va se retrouver piégée comme dans un filet ou une toile d’araignée, tenue à disposition de son agresseur, ligotée psychologiquement, comme anesthésiée et sans conscience de l’être.

Il y a trois dimensions principales dans l’emprise :

  1. Une dimension d’appropriation par dépossession de l’autre.
  2. Une dimension de domination où l’autre est maintenu(e) dans un état de soumission et de dépendance.
  3. Une dimension d’empreinte, où l’on veut laisser une marque sur l’autre.

C’est donc une phase d’invasion psychique et de fragilisation. On est bien dans un processus pervers.

Les manœuvres de pouvoir et de contrôle sont d’abord anodines mais vont devenir de plus en plus violentes, surtout si la femme résiste car le pervers a toujours peur du pouvoir de l’autre et lutte pour conserver le sien. La victime obéit d’abord pour faire plaisir à son partenaire ou pour le « réparer » puisqu’il a l’air malheureux. Elle pense, à tort, que si elle se montre docile, il pourra mieux l’aimer et l’apprécier. Mais, petit à petit, elle obéira par peur.

Pendant cette phase, l’agresseur maintient, en effet, une tension chez sa partenaire qui équivaut à un énorme état de stress. Il ne va cesser de détruire en elle toute son estime d’elle-même en usant de différents processus destructeurs, comme le dénigrement, l’humiliation, la jalousie, le contrôle. Il va, par ailleurs, mettre en place un processus d’isolement autour d’elle réduisant à néant son réseau relationnel familial ou amical, ce qui l’affaiblira encore davantage puisqu’elle ne pourra plus disposer d’aucun soutien. Elle est entièrement à sa merci, il la tient.

La destruction

A ce stade, la souffrance est devenue constante. La victime est à bout, épuisée.

femme triste violence psychologique dans le couple

L’agresseur poursuit son travail destructeur en utilisant un mode de communication pervers. Il refuse la communication directe et le dialogue. Au lieu de relier, cette forme de communication éloigne et empêche l’échange. Sa voix est froide, blanche, monocorde, cassante. Sa parole est blessante. Il déforme le langage pour entretenir la confusion, il dit des choses contradictoires ou paradoxales, il utilise des termes savants, techniques pour que l’autre soit perdu(e) et ne comprenne plus rien. Il use du sarcasme, de la dérision, du mépris. Il ment, désoriente, se moque. Il enfonce sa victime pour garder seul la tête hors de l’eau. Pour garder le contrôle il utilise le paradoxe en disant quelque chose verbalement et le contraire dans le non verbal ou le ton employé.

Tous ces mécanismes pervers ont pour but de déstabiliser la victime, qui, en effet, va se mettre à douter de ses pensées et de ses affects. Elle doute en permanence, est dans la confusion et pense qu’elle devient folle. Il a réussi à lui montrer qu’elle ne vaut rien. Elle va s’enfoncer dans différents états selon ses ressources personnelles amoindries : le mal être, l’angoisse, la maladie, l’alcool, la dépression ou le suicide.

Quel est le profil des personnes qui sont dans la dépendance affective ?

Pour qu’il y ait dépendance affective et violence verbale et psychologique, il faut à l’origine du couple, deux personnes qui ont chacune un profil bien particulier. D’un côté, le prédateur, de l’autre la victime. Les deux ont souffert dans leur enfance d’un même manque, le manque affectif.

Le prédateur ou manipulateur :

  • Ce sont souvent des personnes qui sont fascinées par l’argent et le pouvoir.
  • Elles sont dans la séduction et la comédie.
  • Elles verrouillent toute communication.
  • Elles nient la personne qu’elle considère comme un objet.
  • Elles sont dans le déni, le défi, le délit ;
  • Elles alternent compliments et critiques simultanément, provoquant un « chaud/froid » permanent.
  • Elles s’expriment dans un sens et agissent dans un autre usant d’injonctions paradoxales, donc incohérentes, ce qui provoque doutes et confusion.
  • Elles renversent les situations, mentent et culpabilisent.
  • Elles s’octroient des droits spéciaux et s’arrangent pour être insolvables dans les procédures

La victime :

  • Ce sont souvent, à l’origine, des personnes dynamiques, créatives, affectueuses, riches d’émotions, pleines de qualités et très intelligentes.
  • Elles sont généreuses, « sauveuses », « suiveuses », dans l’abnégation d’elles-mêmes et le soutien de l’autre qui passe toujours avant elles.
  • Elles ont le cœur sur la main.
  • Elles sont vulnérables, ont peur de l’abandon et ont besoin d’être aimées et rassurées.
  • Elles ont une grande fragilité intérieure et identitaire.
  • Elles sont souvent très amoureuses et maternelles ; elles donnent trop.
  • Avec le pervers, elles sont dans le déni, le doute, la culpabilité, la honte, la passivité, le sacrifice, la soumission.

 

Quelles sont les conséquences de la violence verbale et psychologique dans le couple, sur les victimes ?

Pour la femme :

Les conséquences vont être à la fois physiques, psychologiques et sexuelles.

La femme est perpétuellement dans la confusion, le doute et surtout la peur. Elle projette en permanence comme si son agresseur était présent et dans la pièce. Il est effectivement perpétuellement dans sa tête et elle est conditionnée par les remarques qu’il pourrait dire ou ce qu’il pourrait faire. Cela provoque en elle un énorme état de stress et de fatigue physique et psychique. Elle appréhende en permanence, est sur la défensive.

La femme victime s’angoisse également beaucoup pour ses enfants et culpabilise de ne pouvoir les protéger et de leur donner l’image d’une mère et d’une femme qui n’est pas à la hauteur et qui ne réagit pas à la violence subie.

Elle devient totalement dépendante affectivement, psychologiquement et économiquement. Pour supporter, elle « se dissocie » psychiquement et s’anesthésie en consommant des médicaments ou de l’alcool, tombant là aussi dans la dépendance. La victime devient soumise, isolée, sans aucune estime d’elle-même. Elle développe des symptômes « post traumatiques » : paranoïa, cauchemars, dépression. Quand on subit des violences, on développe, en effet, soit des conduites addictives, soit des conduites d’évitement.

Physiquement, elle n’a plus de force et donc se néglige. Elle s’habille mal, ses cheveux sont sales, elle se laisse aller. Elle manifeste des douleurs chroniques et présente des maladies psychosomatiques, comme l’eczéma, le psoriasis, la fibromyalgie, l’endométriose. Ces manifestations peuvent être liées, par ailleurs, aux violences sexuelles et physiques qu’elle subit ou risque de subir. Si la sexualité a pu être au départ l’espace de pratiques nouvelles et excitantes, il est fréquent qu’elle devienne malheureusement par la suite, un espace dégradant où la victime est utilisée et considérée comme un objet. La violence physique et le viol conjugal sont bien sûr punis par la loi.

Par ailleurs, quand on subit des violences, on peut développer, ce qu’on appelle une mémoire traumatique qui va impacter profondément la victime et lui faire revivre, à l’identique, sous forme de flash-backs, de douleurs, de terreur, ce qu’elle a subi.

 

Pour les enfants :

Les enfants sont malheureux, victimes eux aussi et incapables de se protéger. Ils considèrent les agressions comme normales puisqu’ils ne connaissent pas d’autres modèles parentaux. Ils vont ressentir assujettissement envers le parent toxique et abnégation envers le parent victime. Ils vont soit s’identifier au parent le plus fort et imiter le parent toxique, soit s’identifier au plus faible et imiter le parent soumis.

Dans la fratrie, les rôles vont se distribuer différemment. L’enfant « difficile » endossera celui du rebelle pour se protéger de la perversion. L’enfant « fasciné » se mettra dans un état de sidération où il subira la perversion sans pouvoir s’en protéger. L’enfant « préféré » sera choisi par le pervers comme héritier de la perversion, il fera alliance avec son père et sera donc gratifié pour cela.

Les enfants pourront présenter les mêmes symptômes psychosomatiques et psycho traumatiques que leur mère.

Comment guérir de l’emprise et de la violence verbale et psychologique ?

Si vous vous reconnaissez dans tout ce qui est décrit dans cet article, sachez qu’il existe une solution : la rupture. Vous y avez sans doute pensé de nombreuses fois mais vous êtes restée malgré tout, souvent pour les enfants. Vous ne vouliez pas qu’ils soient privés de leur père et souffrent d’abandon, comme vous-même.

Ce père, votre compagnon, a réussi à vous vider littéralement de toutes vos qualités, de votre substance vitale et de votre personnalité. Vous ressentez honte et culpabilité et c’est normal. « Ce sont les conséquences normales d’une situation anormale. »

Pour vous reconnecter à vous-même et activer votre instinct de survie au milieu de toutes les souffrances que vous subissez, vous devez consulter. Vous devez absolument sortir de votre isolement pour être soutenue, vous préparer à la rupture et vous reconstruire, en apprenant à mieux vous connaître, en particulier connaître vos blessures ou traumatismes d’enfant, à l’origine de votre statut de victime. Vous devez comprendre ce qui s’est joué pour vous faire tomber dans un tel piège.

qui choisir conseillere conjugale ou psy

Attendez d’être plus forte et d’avoir commencé à être accompagnée avant de vous séparer. Ne consultez pas en couple car votre partenaire reprendrait l’avantage et le pouvoir sur vous, vous privant de l’aide attendue. Le fait de consulter va vous préparer et vous protéger. Soyez vigilante et sachez que l’annonce de la rupture peut vous mettre en danger, votre agresseur peut aller jusqu’à la violence physique ou sexuelle. Parfois, c’est d’ailleurs cet « électrochoc » qui donne le courage de porter plainte et de sortir du silence.

Appelez le 3919. Cherchez le Centre de Planification le plus proche, choisissez une conseillère conjugale, un thérapeute ou un médecin. Vous avez besoin d’une personne ressource, d’un professionnel, qui saura vous écouter, vous croire, vous comprendre et vous aider.

Avec elle vous restaurerez toute la confiance que vous avez perdue et développerez votre estime de vous-même. Elle vous aidera à penser de nouveau, à prendre des décisions, à mettre des mots sur ce que vous vivez, à décrypter les mécanismes de la violence et à couper les fils de l’assujettissement. Avec elle vous reprendrez conscience et espoir pour pouvoir ensuite vous affirmer et passer à l’acte, rompre et entreprendre des démarches dans ce sens en vous protégeant de la Loi et en faisant valoir vos droits. Elle renforcera aussi votre rôle éducatif de mère et de parent et vous encouragera car elle sait que c’est possible d’en sortir, même si cela prend du temps.

L’enjeu est de vous faire de nouveau confiance en vous appuyant sur vos ressources personnelles et vos qualités.

« Commençons par nous aimer nous-même sans jamais nous perdre de vue. »

Avec elle vous serez soutenue pour libérer votre colère et entamer le combat de la séparation car ce processus, s’il est libérateur, se fera dans la douleur et la culpabilité, car les pervers narcissiques se posent alors en victimes abandonnées et lésées. Ils n’hésiteront pas à devenir des procéduriers tenaces et vicieux pour garder un lien et la main sur la victime avec violence.

« Face à un pervers, on ne gagne jamais. Tout au plus peut-on apprendre quelque chose sur soi-même. » MF HIRIGOYEN

 

 

Subir de la violence verbale et psychologique dans le couple est destructeur. On peut parler de meurtre psychique qui se met en place progressivement sur des années en suivant un processus en trois phases, qui part de la séduction pour préparer ensuite à l’emprise puis aboutir à la destruction psychique. Pour cela, il faut deux profils particuliers de personnes au départ, une personne qui donne en permanence et de façon disproportionnée : la victime, et une personne qui prend de façon disproportionnée en considérant l’autre comme un objet et en l’assujettissant de façon perverse : l’agresseur. On peut alors parler de pervers narcissique et de codépendance affective.

Pour sortir de ce piège, la victime n’aura pas d’autre choix que de trouver le courage de se séparer en trouvant le soutien d’une personne extérieure, professionnelle qui l’aidera à faire le pas et à se reconstruire, en travaillant sur le présent, l’avenir, et surtout le passé, afin qu’elle comprenne qu’il y eu dans l’enfance des blessures et des carences, voire des traumatismes qui ont déclencher ce profil de soumission et qu’il faut les soigner.

N’hésitez pas à me contacter.

Pour aller plus loin :

« Le harcèlement moral » Marie-France HIRIGOYEN, Pocket, 2006

« Vaincre la codépendance » Melody BEATTIE, Pocket, 2005

Site du docteur Muriel SALMONA

 

 

 

 

 

 

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